Pourquoi les jeunes

Addictions: pourquoi les jeunes sont-ils particulièrement à risque?

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Retarder l’âge du premier usage de substances licites ou illicites est une priorité. 68224669/johny87 - Fotolia

La transgression et les comportements à risque font partie de l’adolescence. La menace de l’addiction survient quand la consommation se banalise.

Les excès sont-ils une marque de la jeunesse? Pour répondre à cette question, quelques pistes peuvent être tirées d’un long rapport, publié en décembre dernier par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Notamment dans le préambule de Bruno Falissard, psychiatre, chercheur et président du collège scientifique de l’OFDT. «Le petit humain, écrit-il, contrairement à la plupart des mammifères, naît prématuré: il ne sait pas marcher, tout juste téter. Pourquoi? Peut-être pour permettre à son cerveau de se développer en dehors du ventre maternel.»

Et de poursuivre. «Vers 12-15 ans, il est apte à la reproduction, et tout se bouscule en lui pour le projeter vers une nouvelle vie: la sexualité devient un questionnement central. Plus généralement, il semblerait que, “naturellement”, tout soit fait à ce stade pour que le jeune humain se reproduise et fonde à son tour une famille. Mais dans nos sociétés c’est bien sûr impensable. Pas de grossesse à 15 ans, cela va sans dire. Il faut en effet que le jeune humain continue à apprendre: au collège, au lycée, à l’université. Encore et toujours, l’humain doit devenir un champion cognitif, l’avenir de sa société en dépend. Au prix d’une tension insoupçonnée (…) Il s’ensuit une période de la vie originale, que l’on appelle adolescence, où la créativité est à son maximum, où les interrogations sur la vie apparaissent de façon aiguë, où le rapport à l’autre et à la société est parfois compliqué, où la rencontre avec les substances psychoactives devient une solution, une provocation.»

 

L’adolescence, une étape clef

Voici donc posé le cadre, pointant les risques inhérents à cette période si particulière de la vie. «Une étape clé synonyme de changements dont l’impact ne doit pas être négligé», souligne le sociologue et statisticien François Beck, directeur de l’OFDT. Ces changements sont en effet d’ordre «physique avec la puberté, scolaire avec le lycée et éventuellement les études supérieures, professionnel avec l’entrée dans la vie active ou une période de chômage, familial quand on quitte le domicile parental, se met en couple, attend le premier enfant…»

D’où les «tentations, transgressions et initiatives parfois périlleuses…» mais aussi les conduites addictives et les multiples facteurs personnels dont elles sont issues, sans oublier de se pencher sur les inégalités sociales et territoriales.

La mode du binge drinking

L’état des lieux n’est guère rassurant, que ce soit pour les drogues licites ou illicites. Ainsi, d’après la dernière enquête faite en 2014, à 11 ans, près de 7 % des ados ont déjà fumé une cigarette. Le chiffre atteint presque 25 % à 13 ans et 52 % à 15 ans: 15 % avouent alors fumer tous les jours, proportion qui double deux ans plus tard. La situation n’est pas plus glorieuse avec l’alcool.

À 11 ans, un ado sur deux en a déjà bu, et à 15 ans, huit sur dix! Et, depuis le début des années 2000, se diffuse l’inquiétante mode du binge drinking. Autrement dit, une alcoolisation ponctuelle mais importante (plus de cinq verres d’affilée, dans un but d’ivresse affiché): à 17 ans, un jeune sur deux dit l’avoir expérimenté dans le mois, et un sur cinq reconnaît même l’avoir fait au moins trois fois.

Le cannabis fait aussi partie des drogues de la jeunesse: à 17 ans, plus de la moitié des jeunes y ont déjà goûté, et 12,5 % de manière répétée. Le cocktail tabac, alcool et cannabis n’est pas rare: environ 15 % des ados consomment régulièrement les trois (et 40 %, tabac et alcool). Quant à l’expérimentation d’autres drogues illicites, elle reste heureusement rare et occasionnelle. Mais sa fréquence double entre la fin de l’adolescence (17 ans) et la période «jeune adulte» (18-25 ans): de 3 à 4 % qui usent de temps en temps des amphétamines, de la cocaïne ou du MDMA, ils sont ensuite 3 à 7 %.

«Retarder l’âge du premier usage»

Selon le rapport de l’OFDT, la tendance sur dix ans n’est pas vraiment à la baisse, du moins pour les ados de 17 ans, qui tendraient à fumer plus et à boire autant, avec davantage d’épisodes d’alcoolisation intensive, le même usage du cannabis, et un niveau d’expérimentation à la hausse pour les autres substances illicites.

On retiendra néanmoins que l’âge de la première cigarette, du premier verre ou du premier joint semble être en recul, avec un niveau de consommation qui a diminué chez les 11-15 ans. Une bonne nouvelle, notamment pour réduire le nombre de comas éthyliques chez les très jeunes (parfois une dizaine d’années) à la suite d’une soirée ou d’un pari, tendance constatée par le personnel des urgences ces dernières années.

Comme le rappelle le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions, retarder l’âge du premier usage est une priorité: «Plus précoce est un usage, plus graves sont les conséquences de cet usage, que ce soit en termes de dépendance, de dommages somatiques, corporels, psychiatriques. Retarder l’âge du premier usage permet donc d’épargner des handicaps, des dépendances, des vies.»

Source : Lefigaro

Publié le 25/02/2018 à 08:00

http://sante.lefigaro.fr/article/addictions-pourquoi-les-jeunes-sont-ils-particulierement-a-risque-/